Le data solutionnisme, de quelle transparence parle-t-on?
Derrière le rêve d’une administration plus transparente, Christophe Koller estime au contraire que l’on navigue vers plus d’opacité. «Si l’Etat a la mainmise sur la publication des données publiques, de quelle transparence parle-t-on? On donne le libre accès aux données pour se donner bonne conscience», mais les statistiques intéressantes demeurent cachées. «En France, Nicolas Sarkozy a ouvert un certain nombre de données à l’époque de son mandat. Ça lui a permis de pointer publiquement certains problèmes. Très bien. Mais aussi de mieux maîtriser l’information.» Pourtant, un nombre croissant de communes et de cantons suisses jouent le jeu de la transparence à mesure que le tout numérique s’impose dans nos modes de vies.
A l’instar de Genève, Bâle, Zurich et Berne. Mais pas de quoi faire changer d’avis le gouvernement suisse. En 2011, des parlementaires ont déposé un postulat pour demander au Conseil fédéral de présenter un rapport ainsi qu’un plan directeur relatif au libre accès aux données publiques. Une demande rejetée par le Conseil fédéral «compte tenu des ressources nécessaires à l’exécution des travaux requis». Il va falloir attendre neuf ans pour que le gouvernement montre des signes d’ouverture. Après douze mois de tractations, le Conseil fédéral a finalement accepté en automne 2020 la motion parlementaire visant à démultiplier les API d’ici 2022.
Les API? Des interfaces de programmation d’applications qui permettent à tout un chacun de disposer des informations produites par l’administration fédérale. Grâce à ces interfaces électroniques, la Confédération entend fluidifier la communication interne et externe tout en tissant des liens entre l’administration fédérale et les citoyens. La stratégie est donc de permettre l’échange direct d’informations entre les administrations, à «un moindre coût», selon le député fribourgeois PDC Beat Vonlanthen à l’origine de la motion parlementaire. La démultiplication des API permettra-t-elle de fluidifier les processus tout en permettant à la Suisse de combler son retard dans l’open data? D’autant que l’augmentation des API pose la douloureuse question de la protection de la sphère privée et des données individuelles. La Suisse devra y répondre si elle veut nourrir son rêve de transparence.
Rédaction – Mehdi Atmani – Flypaper Media _ Illustration – Jérôme Viguet – Cartoonbase SÀRL






