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La nationalisation du Cloud fait son nid en Suisse

 

Face à la croissance exponentielle des données numériques et aux risques de cyberattaques, de nombreux pays sont séduits par une nationalisation du Cloud. La Suisse par exemple. Toutefois, ce stockage local pose des questions sécuritaires.

Nos données dans les «nuages». Le terme résumant le stockage de la production exponentielle des données numériques est assez poétique. Dans les faits, le cloud prend la forme de centres gigantesques composés de milliers de serveurs pouvant héberger des trillions de données. Photos, musique, vidéos privées et autres fichiers de toutes sortes composent ces «fameux nuages». Selon le rapport établi en 2019 par le cabinet Synergy Research Group, quelques 430 méga centres de données seraient en fonction sur la planète, dont une quarantaine seraient sortis de terre rien qu’en 2018 pour absorber cette économie de la donnée. Cette numérisation galopante n’est pas sans risques.

Les affaires les plus récentes de cybercriminalité, marquées par des vols massifs de données, rappellent à quel point les «nuages» sont perméables. De plus en plus d’utilisateurs s’inquiètent donc aujourd’hui du pays où se trouvent les serveurs hébergeant leurs données. Prenant conscience de cet enjeux sécuritaire, plusieurs acteurs du cloud mise sur un stockage local des données, c’est-à-dire dans le pays où opèrent ces entreprises. Cette tendance se confirme en Suisse. Les grands acteurs du stockage multiplient les offres. A l’instar de Swisscom et son MyCloud. C’est le cas également de Microsoft.

Avec son service Azure, le géant technologique de Redmond vient d’inaugurer deux centres de données en Suisse. L’un à Genève. L’autre à Zurich. Le mastodonte américain va offrir ses services cloud aux entreprises, aux administrations publiques et aux ONG. L’objectif de ces ouvertures est donc de proposer aux sociétés et aux administrations suisses de garder leurs données critiques en Suisse tout en profitant des systèmes de réplication entre les deux datacenters afin d’assurer la continuité de services en cas d’incident.

Mais ce stockage domestique est-il forcément sûr? Des doutes subsistent. D’autant plus depuis la promulgation du Cloud Act par le président américain Donald Trump en mars 2018. Par le biais de cette loi fédérale, Washington peut contraindre toutes les entreprises américaines, dans le cadre d’enquêtes pénales, à transmettre leurs données stockées sur un territoire étranger aux autorités judiciaires. Dans le cas d’Azure par exemple, Microsoft pourrait donc se voir contrainte de livrer les données de ses clients suisses à la justice américaine.

Un point de friction qui remet en question l’indépendance helvétique et la sécurité des données stockées par les fleurons de l’économie suisse. A l’instar d’UBS. Le géant bancaire vient de signer pour l’offre de Microsoft. Hasard du calendrier, la Suisse vient (enfin) d’adopter la mise à jour de sa loi sur la protection des données pour l’adapter aux standards européens. Cette évolution permettra-t-elle aux cloud nationaux de s’épanouir face aux assauts américains? Difficile à dire. Seule certitude, elle facilitera le déploiement d’un protocole d’urgence en cas de failles.

La nationalisation des cloud ne va pas résoudre la sécurité des données stockées d’un claquement de doigts. Ce risque perdurera toujours. En revanche, elle force les acteurs économiques à se positionner et faire des choix: quelles sont les informations que je vais pouvoir stocker dans ces infrastructures? Cette donnée est-elle sensible? Ces interrogations soulignent la valeur des informations et invitent les entreprises à faire preuve d’agilité dans le stockage et la sécurité de ces données.